Aller au contenu

Famille d’accueil « à titre accessoire » : un seul enfant, ce n’est pas un mi-temps

Depuis le 31 octobre 2026, un agent public peut devenir assistant familial tout en gardant son emploi, pour un seul enfant ou jeune accueilli. Pour la CASAMAAF 62, c’est une bonne chose que de nouvelles personnes puissent nous rejoindre. Mais le texte range notre métier parmi les activités « accessoires ». Or être assistant familial n’a rien d’accessoire, même avec un seul accueil.

Ce que dit le décret

Le décret n° 2026-1011 du 28 octobre 2026 ajoute l’activité d’assistant familial à la liste des activités accessoires des agents publics. Il faut l’autorisation de l’employeur public et n’accueillir qu’un seul mineur ou jeune majeur de moins de 21 ans, en âge d’être scolarisé, étudiant ou en emploi. L’agrément et la formation restent les mêmes que pour nous tous. Le détail est sur ass-fam.org, et les agents concernés trouveront la marche à suivre sur le site de la FSU Territoriale.

Il a été pris pour répondre à la pénurie. Elle est réelle : les enfants attendent, les collègues partent en retraite, et les places manquent. Une éducatrice, une ATSEM ou un agent qui a envie d’accueillir un enfant a toute sa place parmi nous. Nous ne fermons la porte à personne.

Le mot qui ne passe pas : « accessoire »

Dans la loi, l’assistant familial accueille des enfants chez lui « de façon permanente ». Permanent et accessoire, ça ne va pas ensemble.

Le Département le sait bien. Selon l’avenant à notre contrat, l’assistant familial doit consacrer l’intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées, sauf exceptions. D’un côté, on nous demande d’y consacrer tout notre travail. De l’autre, l’État explique que le même métier peut se faire à côté d’un autre.

Un seul accueil, ce n’est pas un petit accueil. Tout dépend de l’enfant. Un seul peut demander beaucoup de temps : rendez-vous médicaux, orthophoniste, psychologue, visites avec sa famille, réunions à l’école, passages du référent, écrits pour le juge. Tout cela tombe rarement à 18 heures.

La souplesse ne se décrète pas

Notre métier demande d’être très souple et disponible, parfois du jour au lendemain. Cela nous semble compliqué avec une autre activité à horaires fixes. Un agent autorisé à cumuler ne peut d’ailleurs exercer cette activité qu’en dehors de ses heures de service. Prenons quelques journées ordinaires.

  • L’enfant accueilli est malade et ne peut pas aller à l’école. Qui reste à la maison quand l’assistant familial est attendu au bureau ?
  • L’école appelle à 10 heures parce que ça ne va pas. Qui y va ?
  • Les vacances scolaires représentent environ seize semaines par an. Un agent a cinq semaines de congés. Qui est là pour les autres ?
  • Un rendez-vous est fixé en pleine journée, sans vous demander votre avis. Qui l’accompagne ?

Le décret ne répond à aucune de ces questions. La réponse ne peut pas être de faire garder l’enfant à droite à gauche : des enfants qui ont déjà été séparés de leur famille ont besoin d’adultes stables. Et ce n’est pas davantage au conjoint de faire le travail gratuitement. Autre fragilité : un employeur public peut s’opposer à la poursuite du cumul si l’intérêt du service le justifie. L’enfant ne doit pas payer un changement de planning dans une mairie.

Vous avez déjà une activité à côté ? Ça vous concerne aussi

Le même décret touche les assistants familiaux déjà en poste. Il prévoit que les règles de cumul des agents publics s’appliquent à ceux qui sont employés par une collectivité, donc à nous. Dans ces règles, si l’employeur ne répond pas dans le mois, ou dans les deux mois si vous relevez de plusieurs employeurs publics, c’est un refus.

Notre conseil ne change pas : pour toute activité soumise à autorisation, faites votre demande par écrit, en recommandé, gardez la preuve et ne commencez pas sans accord écrit. Si vous exercez déjà une activité sans autorisation écrite, parlez-en à un délégué. Toutes les démarches sont sur notre page deuxième emploi.

Ce que nous demandons

Le métier se déprofessionnalise quand on laisse entendre qu’il peut se faire en plus du reste. C’est l’inverse qu’il faut faire pour donner envie de le rejoindre.

  • Que le mot « accessoire » ne serve jamais à justifier moins de formation, moins de suivi ou moins de salaire.
  • Que tout employeur qui confie un enfant à un agent en cumul prévoie à l’écrit qui prend le relais en cas de maladie, de vacances et de rendez-vous, avant le premier jour d’accueil.
  • Que le Département du Pas-de-Calais dise clairement comment il appliquera ce décret, et comment il évitera que ces accueils reposent sur la bonne volonté des familles.
  • Qu’on s’attaque aux vraies raisons de la pénurie : la rémunération, le répit, le respect de notre place dans l’équipe autour de l’enfant.

Bienvenue à celles et ceux qui veulent nous rejoindre. Mais qu’on ne s’y trompe pas : on ne manque pas d’assistants familiaux parce que le métier serait trop difficile d’accès. On en manque parce qu’il est trop peu reconnu. L’appeler « accessoire » n’arrange rien.

Une question sur votre situation ?

Nous sommes des assistants familiaux du Pas-de-Calais, comme vous. Adhérer vous donne accès à un accompagnement juridique ; nous écrire ne coûte rien.

Adhérer à la CASAMAAF 62 Nous écrire

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail est demandée mais ne sera jamais publiée. Elle sert uniquement à vous reconnaître : une fois votre premier commentaire relu et approuvé, les suivants paraîtront sans attente.

Face à un dossier avec le Département, vous n’êtes pas seul.

Un délégué vous écoute, vous conseille et vous accompagne. Ensemble, on pèse plus.